24 août 2008

Chapitre 2 : La cage des âmes égarées

Tap, tap, tap, tap.... Des millions de lumières autour d'un corps. Un vent froid glacial, et un grand pantin de bois, d'une maigreur à en rendre folle de jalousie une guêpe. Ni ciel ni terre, seulement une vaste étendue sombre, rouge foncé, comme le sang séché qu'un corps mort depuis quelques temps répand. De grands oiseaux noirs à présent, ils semblent artificiels, comme la plus part des choses des différents pays de cet univers paradoxal en tout point. Un bruit de métal à chaque instant, des gouttes tombaient, on ne sait d'où puisqu'il n'y avait ni plafond ni ciel, et après tout, peut être le haut était-il simplement le bas. Cependant, peu importe que les gouttes tombent loin du corps inerte ou sur lui , car elles revenaient tout de même en lui, comme absorbé. Une grande lumière passa, les gouttes ne tombaient plus. Et, les grands oiseaux noirs aux airs tant sinistres furent attirés pas celle-ci, comme s'il s'était agit d'un aimant. Dans les yeux sans vie du pantin articulé la peur créée par la lumière avait disparu. Un étrange bruit d'horlogerie à présent, et tout se mis à tourné, habitué la marionnette ne moufta pas. Le corps décolla dans ce qu'on pourrait appeler les airs. L'être de bois tendit alors un bras immense et fin comme une branche de saule, retenant ainsi le corps. Une larme s'échappa de son regard vide, on aurait dit, qu'un peu de la mer que contenait ses yeux voulait s'échapper. Le corps la happa. Et frémis, puis trembla, cette fois-ci le pantin le lâcha, sans doute trop effrayé. Il s'écrasa contre un semblant de sol, puis se releva avec peine.
"Euh, bon, je pense que je devrai vous souhaiter la bienvenue, donc bienvenue..
-Nightmare où est-il ? Et Tale ? Où suis-je ? Il faut, il faut, il faut que je retourne là bas je dois.....
-Ouhlah on se calme la belle ! Ici c'est le royaume des âmes perdues ou égarées, enfin vous appelez ça comme vous voulez hein. Et je sais pas comment vous êtes arrivé là mais on dirait bien qu'il vous manque une case ma jolie ! Moi j'sui qu'un pantin mais si vous voulez j'jette un p'tit coup d'oeil !
-Non, merci, dites moi simplement comment on fait pour revenir...
-Et bah ça ma mignonne tu ne croies pas que si je le savais je serai plus là !"

Sur le plancher plus aucune trace d'eau, toute l'humidité s'était évaporée de la pièce.
"Le voyage a commencé.
-Gaïa ? Gaïa ! Merde j'ai trop mal aux lèvres je peux pas parler.
-Oh, pauvre garçon des contes. Ahahah pauvre monstre, tes lèvres sont collés, ne bouge pas.Lorsque Nightmare approcha ses lèvres de celles de Tale, celui -ci se débattit autant que la fièvre te la fatigue le lui permirent.
-Non, ne crie pas surtout. Tu aimes embrasser les garçons non ? Alors que dirais-tu de m'embrasser.
Et il déposa un baiser sur ses lèvres et les lui mordit jusqu'à ce qu'elles saignent abondamment. Néanmoins, Tale ne dis rien, il sentait ses lèvres reprendre leur forme. Et puis, Nightmare, il avait quelque chose d'enivrant.
-Tu y prends gout mon beau, ça ne durera pas, tu ne sais pas encore tout ce dont je suis capable. Et ne crois pas que t'embrasser me fait plaisir ou m'en procure. Non, je fais ça pour Gaïa, il ne faut pas qu'elle me déteste pour ça.
-Espèce de monstre !
-Oh on est féroce quand on parle de celle qui croit tout savoir de nous alors qu'en fait, elle ignore tout. Et comment va ce cher Wing ? Je ne jamais compris comment il était possible qu'un monstre tel que toi soit si pitoyable et qu'un être pure comme lui puisse être si beau dans sa colère et sa soif de sang.
-Il...Les lèvres de Tale se refermèrent, complètement, comme liées par un sort. Nightmare ricana.
-Alors c'est ça hein ? Le garçon qui est soi-disant prédestiné au bonheur ! Ahahahah, mais mon pauvre chéri tu es trop beau pour que je laisse passer une telle occasion. Je n'aurai pas deux fois la chance de pouvoir de t'embrasser et profiter de ton corps de démons sans que tu puisse crier. Allons laisse toi faire, tu verra que l'envie entre monstres c'est meilleur que tous les baisers de ce cher Wing, même si j'en conviens, ils sont divins."

Une violente douleur plia en deux Gaïa qui courait partout dans l'espace à présent. Elle en tomba " à terre". Le pantin lors se précipita. Il l'avait pourtant prévenu qu'elle se fatiguerait vite à ce rythme là, qu'elle avait du perdre quelques bouts de son corps dans le passage.
"Eh bah ma belle on peut pas dire que tu sois très à l'écoute toi ! Allez va allonge toi un peu, t'as l'éternité pour repartir va, ici on ne vieillit pas, on ne change pas non plus.-Dis Noueux, quand je suis arrivée ici j'avais l'impression que je m'étais dispersée en un million de particules...
-Eh mais ouais ! C'est ça ma belle ! C'est toi alors ! Oh bah v'là autre chose, la vieille elle avait pas mentit quand elle avait dit qu'il tomberait ici une fille composée d'eau !
-Composée d'eau ?
-Ouais 'fin je crois bien que le mot exact c'était Fée d'eau.
-Ahh...ah.........."
Sa tête roula sur les genoux de Noueux. La pauvre s'était évanouit. N'empêche, c'était bizarre. Les fées savent utiliser leurs pouvoirs et voyager de monde en monde dès la naissance, alors pourquoi celle-ci avait atterrit ici. Et puis, pour une fée, elle n'avait pas à proprement parler d'ailes. A moins que...Timidement, Noueux défit le corsage de la petite, dans son dos, il n'y avait aucune trace d'ailes, seulement, il y avait deux cicatrices. Deux immenses cicatrices qui semblaient se rouvrir. Intrigué mais surtout effrayé par la réaction que pourrait avoir la nouvelle venue en se réveillant sur ses jambes avec le corsage ouvert, il s'empressant de la refermer. Et décida qu'il resterait là, à veiller sur la petite, après tout, à part ces maudits oiseaux, il n'y avait personne à des lieues.

Les larmes coulaient à torrent sur les joues pales et marbrées de rouge de Tale. Nightmare ne cessait d'entrer en contact avec sa peau, le mettant au supplice. Ses doigts étaient trop agiles, ils virevoltaient trop facilement d'une parcelle à une autre du corps frémissant du fragile garçon qui ne pouvait plus bouger. Tétanisé par la peur, les lèvres liées par le seul désir du monstre qui s'appliquait à le torturer. Chacune de ces caresses étaient à la fois un délice et un dégout, une horreur. Car malgré le plaisir que lui procuraient ces doigts des images d'une horreur rare se déversaient sous ses yeux. Et déjà il ne pouvait plus retenir des cris étouffés, il transpirait, les yeux affolés par toutes ces images qui défilaient sans fin, ne lui laissant aucun repos. Des gens tués, des fées violées puis égorgées, des femmes enlevées, des enfants effrayés, des poupées cassées, des pantins brûlés... Lorsque Nightmare osa mettre fin au supplice de la manière la plus cruelle qui soit, il mordit avec violence et rage les lèvres de Tale. Alors à la vue du sang qui coulait, il rit comme un démon qu'il était. Tale, lui failli perdre connaissance, et là douleur fut telle que toute force l'abandonna, pendant un instant son coeur cessa de battre, et ses yeux roulèrent. Mais Nightmare ne lui laissa pas cette chance, il rouvrit alors ses lèvres et l'embrassa, faisant pénétrer de l'air dans sa gorge. La brulure que cet air produisit le fit pleurer de plus belle. Il n'était pas fort. Il n'était qu'une larve, un pauvre gosse perdu, pleurer ainsi, Wing, lui n'aurai jamais pleurer, jamais il n'aurai perdu si facilement. Le film monstrueux des actes de Nightmare avait cessé de défier devant ses yeux, et il reprenait son souffle. Nightmare ricanait à présent, content de toute la souffrance et la douleur qu'il avait pu infliger à ce monstre faiblard. Malgré cette sorte de feu destructeur qui lui ravageait à présent les entrailles, le garçon éprouva un réel soulagement. Non pas que cela soit fini, non cela recommencerait surement il en était convaincu, mais ses lèvres étaient enfin séparées. Balbutiant quelques mots il défia Nightmare du regard. Et lui souri de toutes ses dents. Sa peau palit davantage, devint même presque transparente, et quatre canines semblaient grandir à vu d'œil.
"Ah, on dirait que j'ai réussi à réveiller le monstre que tu maintenait à l'intérieur depuis si longtemps.
-Oui, et d’ailleurs je t'en remercie.
-Ta voix est encore bien faible, on dirait un oisillon tombé du nid.Tale marmonna une chose alors inintelligible mais il semblait bien qu'il s'agissait de quelques paroles haineuses envers l'être longiligne. Soudain ses yeux devinrent perçants et disparurent.-Eh petit tu nous fais une crise ? Tu ne vas tout de même pas me faire croire qu'en bon vampire tu n'es pas stabilisé. A ton âge, j'avais moi déjà bien plus de carrure, oui même à trente ans à peine j'étais stabilisé et toi tu en as au moins trente sept, alors qu'attends-tu ? Montre-moi ta véritable apparence petit monstre."
Un rugissement envahit toute la pièce. Puis plus rien. La poitrine du jeune garçon semblait, comme le reste de son corps avoir subit une explosion interne qui l'aurait faire grandir. Bien plus musclé et fort qu'il y a quelques instants Tale se tenait devant Nightmare dont les yeux s'écarquillèrent quelques centièmes de secondes avant de redevenir normaux. Ceux de Tale étaient à présent réapparut, gris, d'une extrême dureté, à la place de main il avait des griffes. Ses vêtements, à présent trop étroits pour son corps monstrueux déchirés, laissaient paraitre une marque immense et rouge sur son torse. Les contours étaient indistincts et de plus les lambeaux de vêtements dissimulaient encore une partie de son être.
"Qu'il est beau dans toute son horreur pensait Nightmare. Moi même à présent je ne suis pas si monstrueux et effrayant. Je n'aurai peut être pas du le pousser à bout. Il est dangereux maintenant, il ne pourrait faire qu'une bouchée de mes pauvres os. Que j'aimerai en entendre le son, ce doit être si plaisant."
Dans un hurlement bestial Tale se démembra, écœuré par sa propre apparence. Cela faisait trop longtemps qu'il la contenait, il l'avait presque oubliée. Il n'était même pas encore stabilisé, il lui manquait du sang pour se stabiliser. Du sang de fées, voilà ce qui permettait aux vampires de se stabiliser et de contrôler leurs apparences diverses. Nightmare était fasciné, alors Tale désirait à ce point ne pas être un monstre, il était prêt à se démembrer pour l'éviter. Seulement le pauvre ne savait pas que se démembrer ne servait à rien. Des craquements sourds et étouffés firent gueuler le vampire. Ses membres se reconstituaient. Affaibli, Tale chancelait légèrement, mais ne perdait pas la face, il ne fallait pas faiblir. Nightmare s'approcha tel un chat à pas feutré et effleura le torse de Tale. Il ne broncha pas, tendit seulement le bras et l'envoya se fracasser contre le mur faisant au passage tomber une bibliothèque bien fournie. Trop d'efforts. Ce fut beaucoup trop car alors Tale s'effondra sur le sol, inerte, sous sa forme de garçon. Ce pendant la marque n'avait pas disparue, ce qui intrigua Nightmare. La sienne n'était pourtant pas apparente lorsqu'il prenait une allure plus anodine. Il l'observa de plus prêt, et après s'être figé quelques instants hurla de rire. Il aurait du s'en douter. Le prince des monstres. Il l'avait là, sous ses yeux.

"Hey bah ça y est la pauvre gamine elle se réveille !
-Qui....je.... ?
-Ouhlah bien, bah c'est super ça..... Eh la belle tu te souviens pas ?
- C'est quoi un souvenir ?
- Tu...ok, tu t'appelles comment ?
- Moi ? Je ne sais pas. Et toi, tu sais ?
- Gaïa, je crois bien que c'est ce que tu m'as dit tout à l'heure petite. Moi c'est Noueux.
- Noueux...Alors, Noueux, tu es resté là ?
- Que faire d'autre tu m'es tombée dessus.-
Je suppose que je dois te remercier. Merci. C'est quoi ici ?
- Mais t'as vraiment tout oublié ?
- Je me souviens, juste.....arg non, non ah non !
- Quoi ?Eh petite ? Oh ça va pas ?"
Tout le corps de Gaïa se convulsa sauvagement. Elle tremblait, les yeux révulsés, les mains tremblantes, ses lèvres se mouvaient sans cesse, mais aucun son ne sortait de sa bouche. Noueux était paniqué et ne sachant que faire il tenta de comprimer le corps de l'étrangère contre le sien, afin de l'empêcher de se blesser. Il se prit de violents coups, des morceaux de bois volèrent dans toute cette immensité dont l'obscurité semblait s'alourdir à chaque instant. Elle ne voyait rien. Elle était comme aveugle, elle entendait seulement les hurlements d'une femme, elle répétait sans cesse "Ma petite, ma petite où est-elle ? Et Jean, pourquoi, pourquoi est-il mort ?! Ma petite, ma petite." Un rire mesquin résonna, une voix rauque mais d'un séduisante et empreinte de charme. Elle ne comprit pas ces paroles. Elle entendait sans cesse des respirations régulières, comme celle d'un enfant qui dormirait paisiblement. Puis la voix de femme qui hurlait se tu. Et la voix qi rait se fit douce et veloutée, feutrée, comme si un chat avait parlé. "Viens ma petite Gaïa, tu vas oublier et tout ira bien, je saurai t'aimer moi, tu verra". La respiration devint de plus en plus irrégulière et puis plus rien. Le dos de Gaïa sembla produire un son de déchirement et deux énormes bulles d'eau s'élevèrent dans les airs. Alors son corps s'apaisa et cessa de se débattre. Noueux prudemment la lâcha, de grandes marques rouges parcouraient son visage d'ébène. Son corps était mutilé, peut l'importait, de toutes façons plus vite il mourrait plus vite il en aurait finit avec toutes ces histoires et ce monde sans fin. Gaïa semblait flotter dans les airs, les deux bulles tournaient autour d'elle. Son corps se tendit et la ronde infinie prit fin. La tête de Gaïa roula comme une boule neige dans une pente, tout son corps suivit. Et c'est dans cette danse d'une grâce absolue qu'elle se rapprocha d'une des deux bulles d'eau et l'embrassa. Alors elle explosa en millions de particules aqueuses qui recouvrirent ses cheveux dont la teinte rouge se forcit. Les paupières se fermèrent en douceur, la deuxième bulle vint se frotter contre et disparue en larmes. Le corps de la petite s'éleva dans les airs. Noueux se reprit enfin, après avoir contemplé cet étrange spectacle sans broncher. Il courut et hurla. Cependant cela était inaudible pour Gaïa qui semblait ne pas avoir conscience de ce qui se déroulait autour d'elle. Elle s'élevait toujours plus haut, le corps mou, ses cheveux semblaient pousser. Elle ouvrit la bouche et entama un chant mélancolique, les paroles n'existaient pas, seulement une succession de "a". A la dernière note son corps se tendit et retomba brutalement sur le pauvre pantin. C'était déjà la deuxième fois. Il espérait que cette fois elle se souviendrait de lui. Sa peau était chaude, elle brillait étrangement, elle rayonnait comme un soleil. Gaïa ne respirait pas. Lorsqu'elle ouvrit brusquement les yeux la nature reprit son cours normal. Et sa poitrine se souleva à intervalles distants. Lorsqu'elle ouvrit la bouche aucun son n'en sortit, il semblait qu'il y avait un néant en son être, un monstre qui aurait avalé sa voix. Alors elle se recroquevilla sur elle même.
"Hey, Gaïa ? Tu te souviens de moi ?
-....
Ses mains fendaient l'air affolée par l'absence de son.
-Bon, calme toi, c'est rien tu dois paniquer un peu, c'est rien. Tu te souviens de moi ?
- ....
Elle hocha la tête affirmativement. Cependant elle était toujours repliée sur elle même. Elle se redressa avec peine et tâta son dos. Le corsage l'arrêta, elle s'arracha, se retrouvant la poitrine nue devant Noueux, qui s'il avait été humain ou d'une consistance proche de celle des humains aurait sans doute rougit à l'extrême, mais le bois ne sembla même pas rosir légèrement. Dans le dos de Gaïa il aperçut comme la dernière fois les deux cicatrices, cependant elles semblaient former un dessin. Elles s'étaient étendues et serpentaient dans tout son dos. Deux lignes courbées vers l'extérieur, des arabesques...
Une fois de plus les yeux se la jolie poupée s'ouvraient sur une éternelle masse sombre, et sous sa joue, elle pu sentir les nœuds du bois. Elle ne pouvait toujours pas parler, elle ne comprenait toujours pas, ça n'avait pas de sens, rien n'avait de sens, rien ne semblait avoir de sens depuis qu'elle était petite. Les bulles d'eau, la danse, le chant envoutant d'une sirène que lui avait raconté Noueux. Cela sonnait comme les histoires qui faisaient peur aux enfants monstres, la beauté chez les monstres, n'existait que dans la souffrance et le malheur, et comme des araignées, tissait la toile, le piège qui se refermait sur des gentils humains. Il fallait qu'elle rentre maintenant qu'elle commençait à avoir moins mal. Dans son dos, elle sentait encore les deux marques s'étendre, comme le sang aurait coulé d'une plaie. Noueux senti le poids qui pesait sur son corps s'alléger, la petite se réveillait. Et avec son réveil il redoutait que de nouveaux évènements se produisent, encore une fois. Plus inquiétant encore que ceux de la veille. Néanmoins, depuis que les vibrations de son instrument vocal ne se faisaient plus entendre, rien ne s'était produit. Elle avait dormi 6 fois depuis. Cela faisait peut être 6 jours depuis alors. Même si la compagnie que lui apportait la petite n'était pas désagréable, il vivait dans la crainte et à présent il voulait que cela cesse. Sa vision de voir les choses avait changé du tout au tout. Maintenant il se demandait à quoi bon vouloir mourir, plus il vivrait et mieux se serait. Enfin la masse qui reposait sur son torse rugueux disparu. Gaïa se levait, et entamait une série de mouvements. Sa bouche s'ouvrait et se refermait, s'ouvrait et se refermait, cependant qu'elle fournissait des efforts infinis pour parler. La panique finit par ressurgir, elle savait que son seul espoir de rentrer résidait dans sa voix, et elle l'avait perdu, tout ça en échange de quoi, d'affreuses marques dans le dos qui l'affaiblissaient et une peau brillante comme un soleil. Elle s'assit brutalement à terre, et contempla son corsage en lambeaux qui masquait avec peine son corps. Des lambeaux, quel gâchis, une si belle toilette, offerte gracieusement. Tale, l'avait trouvé trop sombre, et au vue du contraste qu'offrait sa lumière de luciole cela n'était pas un mensonge effronté.

Nightmare était parti. Mademoiselle Lullaby était morte. Il avait tué quelques fées au passage. Vu le nombre Tale aurait aisément pu dire qu'il partait pour un long voyage, seulement Nightmare lui ne se nourrissait pas uniquement pour se nourrir, il était gourmand, comme tous les monstres, et il aimait voir la souffrance et le malheur. Il avait mal partout. Cette matinée ne s'annonçait pas sous les meilleurs hospices, comme les six précédentes, mais il pouvait bouger et surtout marcher sans trop de mal à présent. Nightmare devait avoir compris en voyant sa marque. Il fallait qu'il le rattrape, il avait passé trop de temps à fuir et à se cacher sous un passé vaporeux pour éviter qu'on le découvre. Le prince du mal, au pays du bonheur. Et dire qu'il était comme.....comme eux. Comme Nightmare, comme Wing. Wing ! Il était reparti voilà il y a bien longtemps maintenant, et il était certainement en train de s'amuser dans l'enfer où il était né. Nightmare, en plus de son expérience acquise avec l'âge et de sa rapidité de déplacement avait six journées d'avance sur lui et il devait déjà entendre les cris stridents et horrifiques des âmes damnées qui habitaient sa maison. Il était sans doute déjà trop tard mais il fallait essayer, il lui faudrait encore deux jours pour atteindre son but. Ce n'était pas faisable sous sa forme humaine. Mais Tale n'était pas stabilisé, et même s'il était le prince des vampires, atteindre son royaume natal en moins de deux jours en n'étant pas stabilisé, relevait de l'impossible. Il lui fallait du sang. Il le savait, et l'idée le répugnait, mais encore plus répugnant que l'idée de devoir se nourrir du sang de ses amis sans vie, l'idée de rentrer chez lui et d'affronter sa mère et sa sœur. Même en six jours le sang n'avait pas séché. Les histoires que l'on racontait sur les fées étaient donc vraies, Leur sang est tellement pur qu'il lui faut une quinzaine de jours pour sécher. Il se pencha pour lécher le sol, et dès que sa langue toucha la substance il se transforma et sentit l'affreuse vague de plaisir monter en lui, il s'écœurait lui même. Le monstre, c'était lui plus que tout autre. Enfin relevant la tête, il sentit un filet de sang dégouliner de ses dents blanches, quitte à peut être retrouvé la famille, autant être présentable, il plongea dans le lac des roses, puis en ressortant contempla son reflet. Gaïa n'aimerait pas cette apparence là. Elle est la trouverai affreuse. Elle était hideuse, réellement. Et Gaïa n'était toujours pas là, et il ne savait toujours pas comment se rendre là où elle était. Son cœur se serra et une remontée acide emplie sa gueule. Les monstres ne devaient pas avoir de tels sentiments. Il fallait l'écarter quelques temps de son esprit et se concentrer sur sa course.

"Allons, partons. " Cette phrase fut prononcée par Tale comme par Gaïa
La voix lui était revenue depuis qu'elle avait tué un oiseau mécanique et avalé le liquide qui semblait constituer son sang. Noueux était parti depuis des heures maintenant, il avait dit qu'il partait faire un peu le vide. Peu importait. Gaïa voulait chanter, il fallait chanter pour que tout recommence, mais elle était trop fatiguée et elle s'endormie, tentant de se remémorer la chanson qu'elle avait murmuré aux oreilles de Tale il y a quelques temps.
"Tu es loin mais je suis là, je te retrouverai Gaïa, et je tuerai Nightmare, tu me pardonneras, parce que je te rapporterai Wing. Oui, tu me pardonnera."
Les yeux endormis de Gaïa perçurent de la lumière et tout devint comme un puzzle qu'on détruit, tout recommença alors que dans le dos de la poupée aux cheveux flammes les marques grandissaient encore et une nouvelle se présenta sur son cœur. Une rose avec d'immenses épines. Tout ce qui suivi fut flou. Noueux avait disparu, Tale courrait toujours après Nightmare, il accélérait, et Gaïa illuminait à présent cet étrange univers, cette cage des âmes perdues, dans son sommeil résonnait encore la chanson qu’elle avait chanté à Tale pour qu’il aille mieux, les larmes de sang roulèrent encore sous ses paupières et fuyant sur ses joues, sa bouche exécutait les mêmes mouvements que quand elle chantait, mais elle ne chantait pas pourtant un son à la fois pur et brouillé semblait envahir le vide. Et tout était sourd pourtant à travers ce flou intégral et ce silence de mort un bruit de verre cassé provint de la poupée humaine, et tout se déchira silencieusement. Ce monde s’évapora, avec tous ces habitants, les oiseaux mécaniques, Noueux, le ciel renversé, tout s’évapora pendant que Gaïa disparaissait, son corps éparpillé en milliers de lucioles.